Magie et raison. D’une sorcellerie l’autre – le titre pose d’emblée une tension, presque une provocation : et si la magie n’était pas l’ennemie de la raison, mais son ombre portée, ce qu’elle ne peut ni contenir ni expulser tout à fait ? Sur la couverture, une gravure ancienne – Départ pour le Sabbat – où des corps nus s’apprêtent à quitter le monde ordinaire : pas de brûlements ni de bûchers, mais l’imminence d’un passage, la nuit qui attend.
Anne Juranville, agrégée de philosophie et ancienne professeure de psychopathologie à Nice, ne vient pas ici réhabiliter la sorcière comme icône féministe — ce geste, elle le laisse aux sociologues et aux juristes. Ce qu’elle traque est plus souterrain : la féminité sorcière comme logique subversive, comme forme d’intelligence qui a toujours su que le réel déborde ce qu’on en dit. Depuis les marges, depuis l’inclassable, depuis ce hors-champ que ni la science ni le droit ne parviennent à refermer, quelque chose résiste — et c’est précisément là que l’essai prend racine.
Littérature, ethnologie, philosophie, psychanalyse : Juranville convoque tout ce qui peut approcher ce qui se dérobe. Car la magie, ici, n’est pas superstition — c’est le nom de ce qui excède, de cette part d’inaccessibilité de l’être qui s’insinue dans les interstices du monde. Magie noire, magie blanche : deux visages d’une même ambivalence, deux manières de faire trembler l’ordre des maîtres.
Aux éditions des crépuscules, un essai qui ne réduit rien — et qui préfère élargir la raison plutôt que de la défendre.



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