Œdipe à Rome. Montaigne parleur de la mélancolie — le titre a quelque chose d’un rendez-vous manqué de quatre siècles, enfin honoré. Œdipe Nomade, ce salon qui se déplace pour aller chercher ses maîtres là où ils ont vécu, a fait halte à Rome en 2025 — la ville même où Montaigne, en 1581, promenait ses reins malades et recevait sa bulle de citoyenneté romaine. Sur la couverture, un bronze : Montaigne assis, la fraise au col, un livre ouvert sur le genou, le sourire un peu oblique de celui qui vous laisse chercher. Derrière lui, des feuillages. Il attend.
Ce qu’il enseigne ici n’est pas la sagesse tranquille qu’on lui prête. C’est un homme aux prises — son corps avec ses pierres, son esprit avec les sept guerres dites de religion qui ont scandé toute sa vie, son cœur avec La Boétie. Trois fronts, et mille et une pages pour en dire quelque chose. La violence de ces guerres a des accents trop contemporains pour qu’on la lise de loin : c’est elle, précisément, qui vient ici interroger la psychanalyse, et non l’inverse.
Reste le silence. Montaigne, sur la Saint-Barthélemy, ne dit rien — un rien troublant, une béance dans une œuvre qui parle de tout. Et reste l’amour du Maître, cette amitié dont il a écrit qu’elle ne s’explique pas, et qui continue de faire travailler les concepts analytiques bien au-delà de l’hommage. Montaigne et la mélancolie, donc : non pas l’humeur noire comme diagnostic, mais comme condition d’une écriture.
Les textes réunis dans ce volume viennent du colloque coordonné et animé par Serge Sabinus. Ils ne tranchent pas. Montaigne était-il juif ? Rêveur ? Politique fervent, ou fin défenseur de la tolérance ? Les questions restent ouvertes — c’est leur manière de nous renvoyer au texte.
Aux éditions des crépuscules, une invitation à réfléchir et, surtout, à relire.



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